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Barrès : un romancier populaire ?

2015, Rambaud, Vital

La question pourrait paraître totalement incongrue. En raison du purgatoire dans lequel il est relégué depuis de nombreuses années, Barrès fait aujourd'hui assurément plutôt figure d'écrivain impopulaire. L'étiquette de « populaire » semble, d'autre part, s'appliquer bien mal à celui qui fut le Prince de la jeunesse des années 1890 et dont le dandysme et les manières aristocratiques tenaient à distance le peuple ou, pour reprendre le vocabulaire du premier volume du Culte du Moi, « la populace 1 ». Après son élection en 1889 à Nancy, il disait à propos des réformes qu'il entendait défendre au Parlement : Je les ai discutées avec mes chers ouvriers de Lorraine, dans leurs tristes cités, bien des soirs, tandis que nous fumions fraternellement de maigres cigares 2 . Mais, si l'on en croit les Tharaud, qui furent à tour de rôle ses secrétaires, « il était mal à l'aise avec les gens du peuple et ne savait pas leur parler 3 ». Lors de sa première campagne électorale dans la circonscription des Halles, dont il fut l'élu de 1906 à sa mort, Barrès s'étonnait, en tout cas, dans ses Cahiers de ce qu'un boucher lui eût dit être « en train de lire [son] Voyage de Sparte » et ajoutait : La veille sur une estrade je m'étais entendu louer à faux de mes livres les plus fermés. J'aurais voulu dire : « Ce n'est pas pour vous, monsieur, que j'écris. Je ne les ai écrits pour aucun 4 . »